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Album
Niger, le calme avant la tempête Par Pierre ALONSO - Sciences Po Lille
Lauréat
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Article
« Le sac de mil est trop cher pour la saison. Il faut trois sacs pour acheter un bouc ». Les murmures de Niamey annonçaient le retour d’un vent terrible. On le croyait enfoui sous la poussière de vingt saisons chaudes ; il est pourtant de retour. Quelques semaines après mon retour, quelques rares média évoquaient une crise alimentaire grave au Niger. Trop tard. Avant un ouragan, une atmosphère étrange s’installe, instant de grâce avant le déchaînement des éléments.
La pluie n’est pas assez tombée les années précédentes. Le fleuve s’est vidé vite. Sous le pont Kennedy, seul enjambement du fleuve Niger sur des kilomètres, l’activité est toujours intense. Les femmes lavent leur linge, leurs plats. Autour, les enfants gravitent. Ils aident, pêchent ou jouent. Sur le bitume, en haut, la vie marchande bat son plein. Charrettes et camions quittent Niamey pour le Burkina Faso, d’autres arrivent et seront déchargés au marché de Kuatako.
Bientôt ils seront rares.
La famine est aux portes de la ville, mais les lacets restent des jouets, ne deviennent pas des armes. Dans les regards, on ne lit ni crainte ni résignation. Ni peur d’ailleurs. Les yeux sont levés vers l’avenir, au lieu d’être baissés vers un estomac vide. La faim est proche, pas la fin.
Autour de la ville, la population grandit. Dans la région de Zinder et Maradi, zone la plus durement touchée, l’exode a commencé. Alors on se rapproche de la capitale, symbole de richesse et de vie. Sous le regard amer des baobabs, les villages grossissent. De tristes nouvelles en arrivent. Elles s’écrasent sur le sable. Il devient clair qu’aucune aide ne viendra si ce n’est celle du temps. Que celui-ci passe vite et demain gardera un sens. Que celui-ci se montre clément aux plantations et après demain tout ira mieux.
Niamey vit, vibre, se tient debout. Les rides des plus vieux montrent aux plus jeunes que l’avenir ne sera pas radieux. Mais celui-ci existe. La vie de tous les jours ne s’est pas arrêtée. Elle ne stoppera pas. Elle va continuer, aspirant une nouvelle génération de Nigériens qui n’aperçoivent pas l’œil du cyclone mais enfin le bout du tunnel.
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