 |
|
Article
Le Cambodge recèle de trésors : la magie d’Angkor, une végétation triomphante et un peuple généreux au sourire d’une beauté inoubliable. Pourtant, au-delà des temples et des rizières, des visages et des rires, se cachent d’autres réalités, économiques, sociales et politiques, beaucoup moins séduisantes.
A quelques kilomètres à peine du prestigieux centre historique de la capitale, des larges avenues qui rappellent le passé colonial du pays, et des abords du Tonlé Sap où se concentrent les touristes, un autre univers.
Cet univers est celui des enfants chiffonniers de Stung Mean Chey. Il faut héler une des nombreuses mobylettes qui fourmillent dans Phnom Penh, pour ensuite franchir le pont de Stung Mean Chey, qui signifie en khmer « la rivière des succès ».
Une seule route, à peine digne de ce nom, et puis un dédale de chemins de terre. Si vous ne connaissez pas le lieu où nous allons nous rendre, suivez les camions de poubelles que vous apercevrez, dès l’aube, dans Stung Mean Chey.
Une fois l’artère principale quittée, vous emprunterez des ruelles défoncées, bordées de baraques en taule, ou de maisonnettes sur pilotis, et l’odeur de la décharge sera plus prégnante.
Les rues des bidonvilles jouxtant la décharge vivent. On y voit des hommes et des femmes sue le devant de leur porte, des enfants courant, les repas en train d’être préparés à même le sol…
Un peu plus loin seulement, ce n’est plus juste la pauvreté, mais la promiscuité et la saleté. C’est ce qu’il y a de plus intolérable, de plus inhumain, une existence qu’on ne tolérerait même pas pour des animaux dans nos douces contrées développées.
Sur la décharge travaillent, de jour comme de nuit, des adultes mais aussi des enfants, souvent envoyés de force par leurs parents. Ils y travaillent, mais y mangent aussi, et s’y écroulent de fatigue lorsqu’ils sont vidés de toutes leurs forces. Et puisqu’il s’agit de leur vie, quelques fois, ils y meurent.
Pour les enfants chiffonniers, l’horreur ne s’arrête malheureusement pas à la décharge. La violence est présente dans beaucoup de familles, qui ont été cassées, déstructurées par les Khmers Rouges. Les parents d’aujourd’hui sont les enfants du génocide (1975-1979). Comment cette génération meurtrie, élevée sous Pol Pot, peut-elle reproduire un modèle familial normal ? Pendant quatre années, le Cambodge, fût transformé en un vaste camp de concentration. Un tiers des Cambodgiens est mort, parmi lesquels quasiment tous les intellectuels, médecins et professeurs.
Les enfants chiffonniers de Phnom Penh étaient encore plus de 4000 sur cette montagne d’immondices, il y a dix ans. Jusqu’à ce que l’association Pour un sourire d’Enfant – PSE (http://www.pse.asso.fr) soit créée. Après avoir distribué des repas sur la décharge, les fondateurs construisent à une centaine de mètres de là, un abri de fortune. « La Paillote » qui sera néanmoins un véritable havre de paix. Les enfants y trouveront de vrais repas, des soins, de l’eau pour se laver, un peu de repos et d’insouciance.
Pour un sourire d’enfant permet aujourd’hui aux anciens chiffonniers de rêver les yeux ouverts. Scolarisés par le centre, qui ne cesse de croître, ils sont suivis jusqu’à leur insertion dans la vie professionnelle. Les premiers bacheliers de Stung Mean Chey entrent déjà à l’université. Les chiffonniers débordent d’énergie, de projets, d’optimisme. Donnez-leur une chance, ils en feront des merveilles…
Je me suis rendue cet été dans le centre de PSE, comme une trentaine de bénévoles espagnols et français, pour prendre soin des enfants chiffonniers. Pour eux, les vacances ne sont pas synonymes de repos mais de retour au travail sur la décharge. Très vite, nous avons tous été dépassé par… les trésors de tendresse et d’amour découverts chez ces enfants, qui, littéralement, vous submergent de bonheur !
|
|