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Les îles Andaman et Nicobar: à la recherche du peuple oublié, les Jarawas
Par Ching Tsang LEE - Université Paris 8




                    
     



Article
Au sud-est de l’Inde, dans le golfe du Bengale et de la mer d’Andaman, il y a des archipels oubliés : les îles Andaman et Nicobar. Anciennes colonies britanniques, situées près des côtes de Myanmar (Birmanie), elles descendent jusqu’à la grande île indonésienne de Sumatra. Ces îles regroupent plus de deux cent cinquante îles tropicales dont la plupart sont encore inconnues et inexplorées. Sur un plan géographique et ethnique, elles sont plus proches de Myanmar (Birmanie), mais font en fait partie de l’Union Indienne depuis son indépendance en 1947.

Grâce à leur situation isolée et reculée, ces îles ont pu abriter et préserver des tribus d’un autre âge, les plus mystérieuses de notre monde sans aucun doute. Certaines vivent aujourd’hui encore comme à l’âge de pierre. On ne sait pas grande chose de leur histoire, de leurs traditions, de leur langage… nous ne savons même pas comment ils se prénomment entre eux.

L’une de ces tribus, les “Jarawas”, est toujours restée farouchement hostile à tout contact avec des étrangers, notamment avec les habitants des îles Andaman. Chaque année, il était fréquent que des locaux soient tués après avoir investi les territoires de ces indigènes. En 1991, le gouvernement indien prit contact avec eux et décida d’envoyer régulièrement des équipes avec mission pacificatrice pour tenter de contrôler les heurts avec la tribu. Un groupe de Jarawas isolé fut le premier à accepter des cadeaux déposés sur la plage par les fonctionnaires indiens. Petit à petit, le gouvernement indien put contrôler le peuple jarawa et le réinstaller dans une réserve de la forêt au coeur des îles Andaman. Désormais ces indigènes ne sont pas plus de 300.

Avec les flux migratoires en provenance du continent, l’archipel a pris le chemin du “tout développement”. Le signe le plus visible est la grande “trunk road” qui traverse la réserve jarawa pour permettre la circulation sur les îles. Aujourd’hui, la vie n’est plus simple pour les Jarawas. Ils ont été influencés par les habitants. Ils demandent nourriture ou vêtements à chaque bus qui passe. En conséquence leur rapport à la nudité a changé. Avec la modernisation et le développement, les Jarawas ont hérité de nos défauts et de nos maladies. Ce sont les raisons qui expliquent l’extinction de la population jarawa.

En dehors de la réserve, il y a aussi quelques petits groupes de Jarawa isolés, situés au sud-ouest, au bord de la mer. Chaque groupe est composé d’environ une trentaine de personnes. Ils tirent leur subsistance de la chasse, de la pêche, de la cueillette de fruits, mais aussi, des baies sauvages, et du miel que l’on trouve au coeur de la jungle. Le bateau est le seul moyen de contact avec eux. La police indienne leur rend visite régulièrement pour surveiller leur vie quotidienne. Elle empêche les touristes et les locaux de les contacter. Maintenant les Jarawas sont moins hostiles qu’avant, “grâce à la civilisation indienne”. Au demeurant, dès qu’ils voient des bateaux d’envahisseurs approcher, ils sortent les arcs et les flèches pour protéger leur territoire. Personne ne peut débarquer.

Heureusement, notre guide pêcheur connaît bien l’un de ces petits groupes de Jarawas pour passer quotidiennement devant leur camp. Des relations amicales “illégales” se sont nouées entre eux. Grâce à quelques mots d’hindi que les Jarawas connaissent, notre guide pêcheur a obtenu l’autorisation de notre venue parmi eux.

Nous débarquons au petit matin. Les hommes de la tribu pénètrent dans la jungle pour chasser alors que le soleil se lève à peine. Les femmes et les enfants s’activent à réparer les huttes et à se confectionner des parures : feuilles vertes et cordes de fils rouges, tressées en franges et nouées autour des hanches, du cou ou du front suivant l’inspiration. Parfois les hommes se contentent d’aller cueillir des fruits ou de récolter du miel dans la forêt, ou encore, lorsque la mer se retire, de pratiquer la pêche à la lance. Il n’y a pas de chef dans la tribu. Le groupe est très simplement constitué de couples avec leurs enfants vivant dans des huttes séparées. Leur espérance de vie est très faible. Les plus vieux dépassent rarement la quarantaine et la majorité des couples ne sont encore que des adolescents. Malgré cette organisation traditionnelle des familles, c’est en communauté que les décisions sont prises et que la nourriture est partagée.

Paradoxalement, même s’ils vivent encore d’une manière primitive, ils suivent des règles de vie communautaires et familiales très strictes. D’un certain point de vue, ils peuvent apparaître plus civilisés que nous.
Ils passent le plus clair de leur temps devant la mer : ils y chantent, dansent, jouent, mangent, dorment et, parfois, ne font rien d’autre que de contempler l’horizon, comme si le temps s’était arrêté dans un paradis perdu.

Malheureusement, personne ne sait combien de temps un tel lieu pourra perdurer. Le gouvernement indien parviendra-t-il à trouver le juste équilibre entre la préservation de leur mode de vie et un développement touristique qui semble inéluctable ? Les Jarawas parviendront-ils à surmonter ces épreuves du monde moderne et à vivre leurs traditions ancestrales comme ils le font depuis des milliers d’années ?

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