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Album
Tsukiji, le ventre de Tokyo Par Antoine ARNOUX - Université Paris-Sorbonne Paris 4
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Article
Tokyo, 5h30 du matin. En sortant du métro à la station Tsukiji, des morceaux de glace et d’algues jonchent çà et là les marches de la sortie. Ils témoignent d’une activité maritime à proximité. En suivant un homme portant bottes et panier d’osier, je quitte ce monde ultramoderne du métro japonais et j’arrive dans un espace composé de halles et d’entrepôts, en apparence empilés ou juxtaposés mais sans ordre prédéfini.
Des camions frigorifiques, garés au cordeau le long de cet ensemble complexe, semblent attendre leur chargement et masquent une activité intense qu’un bourdonnement ambiant laisse deviner. Puis je rentre au hasard dans ce qui constitue vraisemblablement le centre de l’activité, guidé par un brouhaha, de plus en plus distinct. C’est alors qu’au détour d’une porte de hangar, je découvre un spectacle d’une inimaginable confusion : des échoppes de fruits de mer et de poissons partout autour de moi. Le rythme est effréné, les acteurs de Tsukiji vont et viennent dans les allées à toute allure. Ajouter à cela la présence d’une multitude de chariots motorisés filant à toute allure entre les présentoirs des marchands. Cette atmosphère dantesque est celle du marché aux poissons du Tsukiji, à Tokyo, l’un des plus grands au monde.
Environ 2500 tonnes et plus de 450 variétés de poissons et fruits de mer transitent quotidiennement par ce gigantesque centre de distribution. C’est à ce titanesque centre qu’incombe la tâche d’alimenter l’agglomération tokyoïte et une grosse partie de Honshu (l’île principale du Japon) en produits de la mer, dont la cuisine japonaise est grande consommatrice. Les hommes qui y travaillent sont sans cesse sur des charbons ardents, du fait des délais de livraison serrés, du produit en tant que tel extrêmement périssable et des fortes sommes d’argent en jeu.
Les multiples couleurs, les formes insolites et l’activité débordante ont de quoi décontenancer le simple visiteur. Il arrive parfois qu’un Gaijin (étranger) soit l’objet d’une remarque désobligeante s’il gêne le bon déroulement des allées et venues. Si l’atmosphère ambiante tient plus d’un chaos indescriptible que de la discipline propre au Japon, il s’agit bien d’un désordre organisé où tout est réglé, chaque geste répondant à une procédure prédéfinie. Cela vaut pour la circulation dans les allées, mais surtout pour les ventes à la criée, extrêmement réglementées. Les quelques dix mille marchands présents sur le site vendent exclusivement aux enchères, menées par des commissaires délégués du Ministère de l’Agriculture et de la Pêche.
Se rendre à Tsukiji est une immersion dans ce qu’il serait convenu d’appeler le « Ventre de Tokyo », tant les hommes qui le font vivre semblent être les rouages d’une gigantesque bête organique.
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