Album

Xinjiang, le far west chinois
Par Aurélie LEPLATRE et Bérénice GAGNE - Ecole nationale des Beaux-Arts de Lyon - Université Lumière Lyon 2




                          
     



Article
Grande comme trois fois la France, la province autonome ouïgoure du Xinjiang est un pays de montagnes et de déserts aux portes de la Mongolie, du Kazakhstan et du Pakistan. Dans cet ancien Turkestan oriental, le climat, la cuisine et les visages rappellent plus l’Asie Centrale que la Chine.

Pourtant Pékin déploie tous ses efforts pour siniser la région. Kashgar, Turfan, Yarkand, ces oasis qui ont fait la gloire de la Route de la Soie chinoise subissent le même sort que les autres villes du pays : le centre-ville est bétonné, les grandes avenues et leur lot de magasins occidentaux remplacent les ruelles sinueuses et ombragées, les maisons traditionnelles ouïgoures en terre battue sont démolies pour laisser place aux immeubles modernes d’habitation collective. Les anciens quartiers survivent tant bien que mal dans l’attente d’une nouvelle percée du progrès. Les Han (nom de la principale ethnie chinoise) ne s’aventurent généralement pas jusque-là et on n’y croise que les Ouïgours ou des membres de la vingtaine d’ethnies que compte le Xinjiang. Dans ce dédale de rues, sur des airs de musique aux accents indiens, les charrettes des marchands, tirées par des ânes, offrent un grand choix de fruits frais ou secs, les échoppes proposent toutes sortes de tissus et de généreuses assiettes de plov, le plat local à base de riz et de viande de mouton.

La volonté centralisatrice de Pékin se ressent jusque dans le quotidien : ici on vit avec deux montres, l’une à l'heure officielle de la capitale et l’autre à l'heure du Xinjiang (2h de moins). Il faut donc se mettre d’accord lorsqu’on fixe un rendez-vous ou quand on achète un billet de bus.

La population vit les mêmes transformations que le plan d’urbanisme : avant 1949, les Han ne représentaient guère plus de 6% d’une population majoritairement composée de Ouïgours, peuple turcophone et musulman. On compte aujourd’hui plus de 40% de Han au Xinjiang, le pouvoir central ayant fortement encouragé l’implantation de colons et de militaires chinois. Cette colonisation s’accompagne d’une assimilation forcée qui passe notamment par l’éducation : pour rentrer à l’université ou pour espérer trouver un travail plus tard, les enfants ouïgours doivent maîtriser parfaitement la langue chinoise. Les parents préfèrent donc les envoyer dans des écoles chinoises, qui bénéficient en outre de moyens plus importants. Résultat : un Islam identitaire se développe progressivement au Xinjiang, comme réponse à la peur de voir disparaître la culture ouïgoure.

Reportage précédent << Retour à la mosaïque | >> Reportage suivant