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Madagascar : entre beauté et tragédie
Par Jonathan NDRINA - Bordeaux Management School




                          
     



Article
La Mitsubishi de location suit la pente raide. Le chauffeur, M. Hervé, un zanatany (enfant du pays) comme on dit ici, est directeur d'une entreprise de BTP. Son entreprise, la Construction Civile et Industrielle de Madagascar (CO.C.I.MAD) est basée à Toamasina, le premier port économique de l'Ile. De grands chantiers ont récemment été lancés dans tout le pays et sur les routes qui le mènent sur ces sites, aux quatre coins de Madagascar, cet amoureux de son pays reste un éternel enfant. Un rien l'étonne et sur cette piste où l'on entend le chant des oiseaux et du vent qui berce les bambous, les bananiers et les raphias, M. Hervé, ce descendant d'émigrés chinois ayant jadis fuit Guangzhou et la guerre sino-japonaise de 1939 – 1945, nous explique que la fibre souple et résistante que l'on tire de ces étranges palmiers sert à construire des maisons ou à tresser des objets décoratifs. Il fait une chaleur humide et moite, mais il esquive habilement les innombrables ornières de la route.

Le raphia, le ravenala, le lémurien, le caméléon ne sont que des exemples de la multitude d'espèces de flore et de faune de Madagascar qui font de cette île tropicale l'une des destinations les plus intéressantes pour les naturalistes et les biologistes du monde entier.

Pour M. Hervé, qui parle couramment trois langues (malgache, français et le chinois cantonnais), s''il est un adjectif pour définir Madagascar, l'une des plus grandes îles du monde, plus vaste que la France et le Benelux réunies, c'est "insolite" : la Grande Ile, ancrée dans l'océan Indien, à quatre cents kilomètres à l'Est des côtes du Mozambique et à cheval sur le tropique du Capricorne, est le résultat de la séparation totale d'un bloc de terre du continent africain, il y a plus de cent millions d'années. Depuis, Madagascar est devenue un laboratoire naturel où plantes et animaux ont évolué, donnant naissance à de nombreuses espèces endémiques.

Madagascar, c'est un endroit mythique mais, si rien n'est fait, les jours de cet étonnant écosystème insulaire sont comptés. La superficie boisée diminue à une vitesse vertigineuse et actuellement il ne reste qu'environ 10 % des forêts originelles. L'extrême pauvreté d'un pays paralysé par la mauvaise gouvernance, l'augmentation rapide d'une population qui dépasse déjà les 17 millions d'habitants (on estime que la population malgache double tous les vingt ans), l'usage de techniques agricoles d'un autre âge, comme le tavy (agriculture sur brûlis, itinérante et intensive), aussi nocives qu'improductives, la coupe des arbres pour la production de charbon de bois sont quelques-unes des causes de la déforestation.

Au hasard de ses tournées, M. Hervé est intarissable sur cette terre qui l'a vu grandir : "La diversité des paysages est spectaculaire : savane vers le Sud, avec des prairies interminables parcourues par de placides troupeaux de zébus ; au Nord, raphias et ravenalas ; plages sauvages de sable fin ; forêt de pluie impénétrable à l'Est ; baies immenses, îles de toute beauté, mer bleu turquoise et lumière aveuglante ; bois secs à feuilles caduques, tamariniers, acacias, palissandres ou ébéniers ; et, pour finir, baobabs, au Nord et à l'Ouest".
Cette île, l'un des lieux les plus extraordinaires qui m'a été donné de contempler, est comparable à l'archipel des Galápagos observés par Darwin lors de l'élaboration de la théorie de l'évolution. Ces deux paradis naturels partagent une origine commune, l'isolement insulaire, et une menace, la destruction. Dans le cas malgache, la préservation dépend à court terme de l'aide internationale (ONG, UNESCO, UE,…) et du développement d'un tourisme (secteur actuellement peu exploité, avec environ 100 000 visiteurs par an). Mais, en définitive, l'avenir est entre les mains des habitants de cette République où règne un singulier paradoxe : les Malgaches, très indépendants, sont parfois nostalgiques de l'époque coloniale…

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