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Mines de sel de Taoudenni
Par Pierre THIRIET - INAP-G
Lauréat




                              
     



Article
Après six mois d'attente, les travailleurs sont prêts à repartir. A l'extrême nord de la ville de Tombouctou, aux portes du désert, ils se sont rassemblés autour de deux camions. La nuit est tombée. Les vieux moteurs diesel sont lancés. Sept nuits durant, ces étranges scarabées et leur chargement de mineurs traverseront les mille kilomètres de sable et de roches qui les séparent des mines de sel de Taoudenni tout au nord du Mali.
Ancienne cité des empires arabes, perdue depuis longtemps, Taoudenni n'est plus qu'une plaine creusée à perte de vue. Chaque année, de nouveaux trous sont ouverts vers l'ouest et les anciens, oubliés. Ici, point de ville, ni de maison ou de commerce, seuls sont installés de petits abris pour se protéger du soleil et du sable. On y vient par besoin d'argent, on y reste par nécessité. Durant six mois, le sel sera le cœur de ces travailleurs. L'autre moitié de l'année, les températures sont si élevées que seuls restent les fous et les sans espoir.
Chaque matin, après la prière, chacun rejoint sa zone. Il n'y a pas de réelle organisation, pas d'administration, chacun creuse selon son envie. Le sel se situe sous trois mètres de sédiments. Après avoir creusé un trou, les mineurs extraient des conglomérats de sel et d'impuretés. Ces blocs sont ensuite taillés pour ne conserver que le sel le plus pur. Si les techniques mises en œuvre sont simples, elles réclament beaucoup d'effort physique dans des conditions très dures. Dès l'aube, la chaleur est déjà suffocante. Un vent sec et brûlant balaie inlassablement la vallée charriant sable et poussière. Les mains et les pieds sont rongés par le sel, les yeux souffrent de la réverbération du soleil sur la poussière du sel mis à nu. En cas de problème de santé, point de salut. La première mallette de secours, le premier médecin, se trouvent à plus de six jours de route. Seul un puits, situé à vingt kilomètres, fournit une eau saumâtre mais supposée apte à la consommation.
Les propriétaires des camions achètent les plaques de sel à un prix ridicule et repartent les vendre dans les villages situés le long des berges du fleuve Niger.
Les mineurs gagnent si peu d'argent que tout retour à la maison est exclu durant les six mois. Ils renvoient simplement l'argent à leur famille restée à Tombouctou en priant que leurs femmes leurs soient fidèles et que leurs enfants se portent bien.

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