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Sarajevo, capitale de la Bosnie-Herzégovine, se situe à la périphérie de la plaine qui porte son nom, dans la vallée de la rivière Miljacka. Elle fut fondée en 1462, sous la domination ottomane, par Isa bey Ishakovic, gouverneur de Bosnie. Cependant le peuplement de la région serait plus ancien : on y retrouve des vestiges de la civilisation Illyrienne, ainsi que les ruines de thermes romaines localisées près d’Ilidza, à l’ouest de la ville. La région ne connut pourtant un réel essor qu’au début du XVe siècle, lorsque le nouveau gouverneur décida d’en faire un seher (« grande ville ») à la croisée du monde occidental et de l’Empire Ottoman. Le XVIe siècle fut l’âge d’or de la ville et y introduit la multiplicité culturelle, notamment avec l’arrivée massive des juifs chassés d’Espagne. C’était un lieu de savoir et d’échanges, une ville tournée vers l’occident, dont le décor exotique s’est dessiné au fil des siècles, bref, c’était un joyau de l’Europe. Elle rassemblait majoritairement Musulmans, Serbes et Croates, mais comprenait également une communauté juive qui avait ses lieux de culte et son quartier, ainsi que d’autres nationalités en proportion plus minime. Dans son centre historique se côtoient, à quelques centaines de mètres, des mosquées, la vieille église orthodoxe, la cathédrale catholique et le quartier juif. Cette mixité culturelle lui valut le surnom de Jérusalem des Balkans.
Mais début 1992, les affrontements éclatèrent. Le 6 avril, lors d’une manifestation pacifique à Sarajevo contre la guerre en Croatie et celle qui commençait en Bosnie, deux civils furent abattus par des snipers. En quelques jours, des milices paramilitaires contrôlaient la ville et en quelques semaines, le siège fut mis en place. Pendant plus de trois ans et demi, ses habitants furent séparés du monde : la ville était complètement encerclée, l’électricité, l’eau, le gaz avaient partout été coupés, les forces serbes ne laissaient entrer vivres et médicaments que sporadiquement… La seule voie de sortie sur l’extérieur était un tunnel de 800 m de long, d’1,50 m de haut sur 1 m de large. En juillet 1995, suite aux frappes aériennes de l’OTAN, le siège est levé, puis en novembre les accords de paix sont finalement signés. La guerre est enfin finie mais le pays est ravagé politiquement, économiquement et avant tout humainement. Lorsque l’on a vécu pendant quatre ans dans la peur et la haine de l’autre, il est alors difficile de se dire qu’il faut tout recommencer. Et pourtant, le temps est passé : dix ans déjà. Alors que la plupart des adultes ont vu bien souvent leur existence, ainsi que leur situation économique et sociale complètement bouleversées, les jeunes de Bosnie ont du démarrer leur vie en essayant de faire abstraction de leur enfance ou de leur adolescence.
En raison de sa position de capitale, Sarajevo bénéficia d’une grande part de l’aide internationale. Les bâtiments, symboles du patrimoine historique et culturel, ont été ou sont en cours de rénovation ; tous les services publics ont été remis en route. Mais les traces de la guerre sont encore visibles : rafales de balles, impacts de grenades et d’obus criblent les murs et les trottoirs. La mixité qui en était le symbole se rétablit progressivement, les retours de déplacés et réfugiés ont repris de façon significative. Mais La population de la ville a été bouleversée de façon incontestable. Beaucoup de « Sarajeviens » sont partis à l’étranger, tandis que les habitants des campagnes ratissées par la guerre venaient occuper les logements laissés vacants. La situation économique et sociale du pays ne s’améliorant pas de façon significative la plupart des réfugiés ont préféré prendre la nationalité de leur pays d’accueil; tandis que ceux qui sont Bosnie ne rêvent que de partir. Entre 1996 et 2001, 92 000 jeunes ont quitté le pays en raison de la situation de transition de l’après-guerre. Aujourd’hui encore, plus de 60% des jeunes souhaiteraient quitter la Bosnie s’ils en avaient l’opportunité, et un sur quatre souhaiterait le faire définitivement. Et pourtant, s’ils veulent partir, ils n’en aiment pas moins leur pays. La situation économique est trop difficile , il n’y a pas assez d’emplois qualifiés, et l’environnement politique est trop déprimant. « Je suis trop fatigué pour rester et essayer de changer les choses » disait Amar, 24 ans, réfugié en Norvège durant la guerre. Il était rentré à Sarajevo pour voir sa famille, finir son diplôme, puis il est reparti en Norvège pour trouver du travail. Leurs sentiments sont donc partagés. Habitués et attachés à leur mode de vie communautaire, à leur ville et à leur pays, les Bosniaques sont cependant découragés par cette situation de crise qui n’en finit plus. Mais quelles sont les perspectives d’avenir dans un pays encore largement marqué par les séquelles d’un conflit ethnique ? Quels sont les attentes et espoirs de ces Bosniaques ?
2005, dix ans après la guerre, le nom de Sarajevo évoque encore dans beaucoup d’esprits ces images noires du siège. Et pourtant, au-delà des clichés se dresse une ville envoûtante, à l’architecture originale et à la population hospitalière. Sarajevo reste une des merveilles culturelles de l’Europe. Son atmosphère est enivrante, on se laisse rapidement charmer par ses nombreuses terrasses de café, son quartier turc parfumé au café fraîchement torréfié et tous ces gens qui aiment simplement se promener dans la rue… Le contact avec les bosniaques est très simple et agréable : les rencontres et discussions impromptues sont fréquentes et si enrichissantes…
Un an vécu à Sarajevo m'a permis de comprendre les mentalités et les séquelles du conflit sur celles-ci. Au cours de nombreux entretiens, ces personnes m'ont livré comment elles avaient vécu cette guerre, comment elles ont été, pendant près de quatre ans, oubliées du reste monde, et comment elles tentent depuis de reconstruire leur vie. C’est la raison pour laquelle j’ai choisi de présenter ce reportage, Portraits de Sarajevo. Rappeler qu’en dehors des images de la guerre, Sarajevo existe toujours, la ville se reconstruit et la vie reprend son cours normal.
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