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Si l’homme a toujours été amené à vivre avec ses semblables, la sédentarisation exacerbée a estompé certains caractères de ses origines primitives. A l’heure de l’apparition du tourisme nomade, encore réservée à une élite, la Mongolie semble être une terre de prédilection pour ce retour aux sources. Certes, beaucoup rêvent d’en traverser les steppes à dos de cheval. Aujourd’hui, certains y partent jouer au polo. C’est ainsi qu’il y a presque dix ans, Christopher a posé les fondations du Genghis Khan Polo Camp, perdu au beau milieu des montagnes de Karakorum.
A sept heures de route d’Ulaan Bataar, au cœur d’une nature sauvage et parfaitement vierge, à l’écart de toute civilisation, se dressent plus d’une vingtaine de “Gers” (tentes mongoles) qui surplombent la vallée d’Orkhon. Ouvert exclusivement pendant l’été, les invités privilégiés de ce club très fermé affluent des quatre coins du monde. La magie de l’endroit opère d’un véritable mélange des genres. On y retrouve aussi bien des globe-trotters, des familles, des artistes et des grands patrons. Tous sont venus pour assouvir un même désir: explorer les ferriques étendues de la Mongolie. Pendant une semaine, voire deux pour les plus téméraires, ces néo-nomades vont s’adonner aux joies de l’équitation, de la pêche à la mouche, ou encore parcourir d’interminables chemins rocheux.
Bien au-delà de ces divines activités, tous sont surtout venus pour jouer au polo. Loin des agressions urbaines et des sollicitations de la société de consommation, cette destination est l’occasion d’une rupture radicale avec un quotidien de stress permanent. Pas d’eau courante, pas d’électricité, pas de portable. Mais ces détails pratiques ne sont pas près de rebuter nos aventuriers. De quoi faire le point avec soi-même, et surtout favoriser l’échange, aussi bien avec les “guests” qu’avec les autochtones installés dans les environs.
Des hauteurs du camp, on aperçoit les cavalcades équestres de ces épicuriens, qu’ils soient néophytes ou bien joueurs de polo renommés, comme Alejandro Navillo et Martin Aguerre. Pendant des heures, des équipes de quatre joueurs vont s’affronter, donnant ainsi le spectacle de luttes interminables, avatar des batailles de Genghis Kahn. Au crépuscule, la ferveur ambiante s’apaise pour un court instant. Chacun revient d’une activité différente: cours de golf pour les enfants, randonnée pédestre sur les sommets, ou séance de massage avec Altai pour apaiser les courbatures de la veille. Intemporelles et harmonieuses, devant un soleil rougeoyant, ces fins de journées offrent un délicieux moment de partage. Les adultes se retrouvent alors sur le promontoire pour déguster un Bordeaux de grande cuvée, accompagné de “sushis” cuisinés avec soins par Batsitsik. Comment résister aux charmes de ce moment lorsque la talentueuse Otgarel interprète avec virtuosité un air de Chopin? Simple prélude aux splendides festins orchestrés par la maîtresse de maison…
A la fois fascinant et révoltant, ce monde onirique ne peut laisser indifférent. Mais, comme tout monde magique, cet interlude au quotidien doit toucher à sa fin. Songeurs ou bouleversés, ces visiteurs repartent alors vers leurs contrées respectives, gardant en mémoire les tumultueux souvenirs d’une aventure unique, à la frontière entre rêve et évasion, illusion et réalité.
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